PARAPENTE à EL GOLEA par OLIVIER LAUGERO in http://www.kailashadventure.com/Voyagez_fichiers/Galerie%20transahara/




PAUL SOLEILLET
L’AFRIQUE OCCIDENTALE
ALGÉRIE, MZAB, TILDIKELT. 1874
OASIS D’EL-GOLÉA
El-Goléa a été visité une première fois au mois de septembre 1859 par M. Henri Duveyrier, qui donna, en cette occasion, une preuve de courage au-dessus de tout éloge, en se livrant aux observations astronomiques à l’aide desquelles il a déterminé la position de l’oasis (qui serait de 30° 32’ 12» latitude Nord et de 0° 47’ 31» longitude Est du méridien de Paris, altitude 402 mètres pour la ville basse), au milieu d’une foule vociférant contre lui et pendant que la djemâa délibérait s’il devait être mis à mort ou simplement chassé.
El-Goléa se nomme aussi El-Menia et Tahoret ; les Châamba se servent des deux premiers noms, mais ils appliquent le nom d’El-Menia à toute l’oasis, réservant celui d’El-Goléa pour le queçar ; le nom de Tahoret n’est guère usité que chez les Imôhag. Il résulterait des renseignements que j’ai recueillis qu’El-Goléa, El-Menia, Tahoret peuvent se traduire en français par les mots passage, dé. lé.D’après M. Henri Duveyrier, El-Goléa, El-Menia., nom et surnom de l’oasis, se traduisent en français par la petite forteresse bien défendue (Bulletin de la Société de géographie de Paris, septembre 1815). D’après M. Parisot, El-Goléa signi. e la disette et El-Menia nous sommes sauvés, (Bulletin de la Société de géographie de Paris, septembre 1875). Je laisse à mon lecteur la liberté de choisir l’explication qui lui plaira le mieux. El-Goléa se compose de trois parties bien distinctes; un queçar au sommet d’un rocher isolé en forme de pain de sucre, un village nègre au pied, et des vergers de palmiers. Le queçar est entouré d’une muraille bâtie en grosses pierres, percée d’une seule porte placée dans un angle rentrant, qui constitue, ce que les gens du métier nomment, je crois, une caponnière ; un puits, placé près de la porte et pour lequel il a fallut creuser le roc à plus de trente mètres de profondeur, assure, en cas de siège, l’approvisionnement en eau de la place ; il n’y a dans le queçar qu’une seule rue, partant de l’unique porte et allant, formant la vis, aboutir à la casbah ; cette rue est bordée à droite et à gauche de magasins construits à moitié dans le roc et dans lesquelles les nomades enferment leurs approvisionnements, mais où ils ne logent point, Une seule maison du queçar est habitée ; c’est une grande maison de construction berbère dont la façade principale regarde l’Ouest. Le plan sur lequel est bâti El-Goléa est original ; il rend en même temps la défense de la place facile. Il avait été proposé au seizième siècle par Bernard de Palissy, qui conseillait aux gens de la religion de se bâtir une ville de refuge sur le modèle d’une coquille.Un cimetière arabe entoure la muraille du queçar, et au pied du rocher se trouve un village occupé par une cinquantaine de famille Berbères ou nègres, tous ayant la peau noire ; c’est ce que l’on est convenu d’appeler la ville basse ; les habitations dont en pisé et peu confortables.
De nombreuses Kouba sont élevées au pied du rocher. Il y en a en l’honneur de tous les saints de l’Islam ; une entre autre est consacrée au marabout Sidi-El-Hadj- Bou-Haous ; elle est de forme carrée, surmontée d’une coupole ovoïdale ; les quatre murs sont garnis extérieurement de petits socles en maçonnerie sur lesquels on a posé des œufs d’autruches. Au Sud du queçar actuel se trouvent également, sur un piton isolé, les ruines d’un château fort qui peut bien être la plus ancienne construction de l’oasis. Des vergers de palmiers, dispersés sur un espace de huit kilomètres au moins de côté, forment l’oasis, qui peut contenir une vingtaine de mille arbres tant palmiers que pêchers, abricotiers, amandiers, grenadiers, . guiers. On cultive aussi dans ces jardins quelques légumes, du blé et de l’orge. Ces jardins, dont plusieurs sont fort beaux, sont facilement arrosés au moyen de puits à bascule, l’eau étant toujours à un ou deux mètres du sol.A l’Ouest de la ville basse, se trouve une grande place carrée dont les côtés sont formés par des murs de jardins ; c’est là que s’arrêtent les caravanes et que fut retenu prisonnier. M Duveyrier en 1859. Tout auprès est une magnique zaouïa, aujourd’hui abandonnée, appartenant aux oulad Sidi-Cheikh, et où se trouvent des bâtiments importants au milieu de jardins splendides. La population de l’oasis peut se diviser en deux parties : les nomades et les sédentaires. Les nomades sont, nous l’avons vu, des Châamba- El-Menia et quelques oulad Sidi-Cheikh.Les sédentaires appartiennent les uns à la race Berbères,ils ont la peau noire comme les gens du Gourara et d’Ouargla, on les nomme des Rouagha ; les autres, aux races noires du Soudan occidental ce sont tous ou des esclaves ou d’anciens esclaves. Berbères et nègres vivent dans un état complet de dépendance vis-à-vis des nomades. Les sédentaires, libres ou esclaves, habitent la ville basse et se livrent à la culture des jardins, dont le plus grand nombre sont la propriété des nomades : ils parlent tous arabes ; il est possible cependant que l’usage d’un idiome Berbère se soit conservé au sein de quelques familles. L’oasis est traversée par les caravanes des gens d’In-Calah et de Timimoun, qui se rendent au Mzab, et par celles des Châamba qui vont au Tildikelt et au Gourara ; c’est par ces caravanes qu’elle est approvisionnée des quelques objets manufacturés nécessaires à la consommation des habitants. L’oasis d’El-Goléa est le point le plus méridional du Sahara où le mouton à laine puisse vivre ; après l’on ne rencontre plus que le mouton à poil. Les habitants sédentaires d’El-Goléa n’ont, en fait d’animaux domestiques, que quelques poules et une vingtaine de chèvres. Aussi recueillent-ils soigneusement, pendant le séjour des nomades dans l’oasis, le fumier des troupeaux des Châamba ; il leur sert, avec l’engrais humain qu’ils conservent également, à fumer les palmiers, ce qu’ils font pour chaque arbre au moins une fois tous les trois ans Quoique la population sédentaire de l’oasis soit uniquement composée d’hommes à peau noire, le climat en est fort sain pour les blancs, qui viennent y passer même la saison chaude, ce qu’ils ne pourraient faire à Ouargla. L’eau de qualité xcellente se trouve toujours ici en abondance, et l’étendue des terres cultivables y est des plus considérables. El-Goléa a été aussi un centre important de population ; les indigènes font remonter sa fondation aux Romains, mais l’inspection des ruines ne peut laisser aucun doute à ce sujet ; elles sont toutes d’origine berbère, peut-être contemporaines de l’époque de l’occupation Romaine en Afrique, peut-être même plus anciennes. Quoiqu’il en soit, la tradition a conservé le souvenir du temps où l’on comptait plus de soixante-dix queçour dans cette oasis, habités par une ombreuse population berbère et des sultans de Tahoret, qui avaient une garde de plus de quatre cents chevaux. L’empereur du Maroc, Mouley-Ismaël-Ben-Ali jaloux des richesses d’El-Goléa, . t détruire, après trois ans de guerre, toute l’oasis ; c’est à ce moment que les Châamba-Mouadhi vinrent camper sous El-Goléa, et ’emparèrent d’une portion des jardins ; depuis eux et leurs suzerains, les oulad Sidi-Cheikh possèdent cette oasis, qui appartient aujourd’hui nominalement à la France.
EXPLORATION DU SAHARA CENTRAL
VOYAGE
DE
PAUL SOLLEILLET
D’ALGER À L’OASIS D’IN-SALAH
( en 1874 )
Nous arrivons à El-Goléa à 15h. les habitants nous voyant approcher, ne se rendant pas compte de ce que pouvait être cette caravane qui amenait des chevaux avec elle, s’étaient enfuis de la ville basse, pour se réfugier dans la ville haute. Beaucoup des maisons d’El-Goléa sont abandonnés une partie de l’année par leurs habitants qui suivent leurs troupeaux et vont habiter sous la tente. Ces maisons ne sont fermées par aucune porte ou fenêtre.
Nous nous installons dans une d’elles et je fais commencer le déchargement des bagages, ce que, voyant les habitants ils de décident à s’approcher et nous apportent des provisions de bouche ainsi que du sable en guise de tapis, pour arranger nos chambres. Nous recevons, le soir, la diffa la plus cordiale de la part des habitants qui occupent toujours le queçar et qui sont au nombre de soixante, tous de race noire.
25 février. Nous passons la journée du 25 à El-Goléa.
El-Goléa était, autrefois, une situation des plus importante ; une population considérable occupait les 70 queçours élevés par les Berbères sur son territoire, malgré sa ruine par un Empereur du Maroc qui a été une des causes de la suppression du commerce, du transit entre la Régence d’Alger et le Soudan, cette localité est toujours restée une position exceptionnelle au point de vue géographique et au point de vue défensif. Le queçar actuel s’élève autour d’un rocher conique auquel on accède par une rue en colimaçon bordée de magasins construits à moitié dans le roc et dans lesquels les nomades enferment leurs approvisionnements ; vers le milieu des hauteurs s’élève une maison berbère assez grande et dont la façade principale regarde l’Ouest.
La partie supérieure du monticule est occupée par une Casbah de construction Berbère qui tombait en ruines, mais qui a été relevée et mise en état lors de la visite de la colonne du général de Galliffet. La partie basse de la ville est occupée par des maisons en pisé, habitées par une population nègre et sédentaire de 60 familles environ ; les jardins qui entourent la ville basse renferment également des maisons construites de la même façon et qui ne sont occupées qu’au moment de la récolte des dattes, leurs propriétaires vivant en nomade le reste de l’année.
Grâce aux travaux si intéressants de monsieur le capitaine d’État-major Parigot, qui faisait partie de la colonne du général de Galliffet, El-Goléa est suf.samment connue pour qu’il soit inutile de m’étendre bien longuement sur sa position et son entourage.
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