Le legmi toujours en vogue à El-Oued
Le legmi, boisson typiquement saharienne et produit phœnicicole, demeure en cette période estivale un breuvage très prisé par bon nombre d’adeptes de la région d’El- Oued. La sève, ou legmi, comme appelé communément au sud-est du pays, est une sécrétion récoltée par incision de la stipe ou du bourgeon à la cime du palmier par des récolteurs connus sous le pseudonyme de hedjam (pratiquant de la saignée par ventouse) ou hellab (trayeur).
Les récolteurs grimpent sur les palmiers utilisant des cordes autour du tronc pour atteindre la couronne du palmier où ils creusent, avec des moyens tranchants, dont des faucilles ou des couteaux acérés, des entailles profondes pour y placer un entonnoir de sorte que la sève s'écoule dans des petites cruches soigneusement attachées aux palmes en évitant aux insectes attirés par le sucre d’y pénétrer. Une fois le récipient rempli, après un ou deux jours en fonction du volume, il est remplacé avant que la ponction ne tarisse. Selon des phœniciculteurs, l’extraction du legmi, qui remonte à la nuit des temps, était pratiquée sur des palmiers ayant atteint une certaine sénilité non productive pour être rajeunie en mettant en terre d’autres djebbar (plants de palmiers). Les mêmes sources indiquent que l’extraction de la sève, l’exploitation du tronc en poutres et toits de bâtisses, l’utilisation des palmes sèches en brise-vent et la réalisation de produits artisanaux de vannerie, sont autant de vertus qu’offre un palmier non productif dont la vie arrive à terme. Selon les connaisseurs, récolteurs, buveurs et consommateurs invétérés, ce jus, sucré de couleur blanchâtre fréquemment exposé au niveau des marchés locaux, est ingurgité à son état cru sans être mélangé à d’autres produits, notamment hallucinants. Plusieurs personnes optent pour la consommation de la sève à l’état frais et sucré, car une fois fermentée, avec goût amer de vinaigre, elle aura, outre des vertus thérapeutiques, notamment la désinfection de certaines pathologies digestives et cutanées, des effets enivrants.
Le Soir d'Algerie juillet 2007.

Methode de recolte de la seve du palmier non productif.
Grâce à ses toxines aux propriétés thérapeutiques
Les vertus du venin de scorpion
Et si le venin de scorpion parvenait à guérir la sclérose en plaques ? Il y a longtemps que les pharmacologues le soupçonnent d’être une source précieuse de principes thérapeutiques.
Alors que plus de 15 millions d’Algériens sont fortement exposés aux piqûres de scorpion — 45 000 à 50 000 personnes sont piquées chaque année et entre 60 et 100 en meurent —, il est temps de réhabiliter les arachnides… Aujourd’hui, les toxines contenues dans leur venin sont encore mal connues — la recherche biomédicale n’en a décrypté qu’1% — mais on en sait un peu plus sur leur action dans notre organisme. Convulsions, accélération du rythme cardiaque, augmentation de la pression sanguine puis arrêt cardiaque ou respiratoire : la détresse causée par le venin est, en fait, due à deux neurotoxines, la chlorotoxine et la charbydotoxine. « Une fois que le scorpion injecte son venin, celui-ci passe dans le sang puis dans le réseau extravasculaire, colonisant les cellules qui se trouvent sur son passage », explique Ahmed Chérif Benguedda, chef du service sérums thérapeutiques à l’Institut Pasteur d’Alger. Et d’ajouter : « Il s’en prend notamment aux cellules possédant un canal ionique. Que se passe-t-il en temps normal ? Ce canal, lorsque la cellule est excitée, s’ouvre et se referme, en quelques millièmes de secondes, en fonction des informations reçues. Si du venin de scorpion arrive au niveau de ces cellules, le canal ionique reste ouvert beaucoup plus longtemps. Le sodium contenu dans la cellule migre alors vers l’extérieur et cette dernière meurt. » L’équation se résume ainsi : émission (de venin), conduction et réception. Or, les pathologies neurologiques sont justement dues à un dysfonctionnement de cette équation au niveau des cellules. L’espoir thérapeutique résiderait, donc, dans la mise au point de principes actifs restaurant ces trois fonctions. Les maladies auto-immunes, comme la sclérose en plaques, pourraient aussi bénéficier de l’action de certaines toxines. Ces dernières diminueraient les défenses immunitaires anormales qui, dans le cas de ces pathologies, se retournent contre l’organisme. Des essais cliniques sont en cours. Enfin, le venin de scorpion, en particulier du Leiurus quinquestriatus, redoutable scorpion surnommé Semeur de la mort, intéresse aussi les cancérologues. En ciblant les cellules cancéreuses sans toucher les cellules saines (le secret des traitements anticancéreux), son venin permettrait de ralentir le développement des tumeurs du cerveau.